Un dĂ©ploiement devrait ĂȘtre la chose la plus ennuyeuse de ta semaine. S'il est excitant, c'est mauvais signe.
Au début de ma carriÚre, les mises en production étaient des événements. On retenait son souffle, on croisait les doigts, quelqu'un exécutait de mémoire une séquence d'étapes manuelles, et on regardait les journaux avec une boule au ventre. C'était palpitant. C'était aussi terrifiant, et le cÎté palpitant était précisément le problÚme : chaque déploiement était un pari, parce que chaque déploiement était un peu différent du précédent.
Un bon dĂ©ploiement est rĂ©pĂ©table. La mĂȘme chose, de la mĂȘme façon, Ă chaque fois â automatisĂ©e, pas rĂ©citĂ©e par un humain fatiguĂ© Ă la fin d'une longue journĂ©e. Quand le processus est un script plutĂŽt qu'une cĂ©rĂ©monie, l'ennui remplace l'angoisse. Tu ne pries plus. Tu appuies sur un bouton, et le rĂ©sultat est prĂ©visible parce qu'il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© prĂ©visible cent fois.
L'automatisation fait ici plus que gagner du temps. Elle supprime toute une catĂ©gorie d'erreurs : l'Ă©tape oubliĂ©e, le mauvais paramĂštre, le « je croyais que tu l'avais fait ». La machine ne se fatigue pas, ne saute pas de ligne, ne se laisse pas distraire Ă mi-chemin. Elle rend le dĂ©ploiement fiable au point d'en ĂȘtre ennuyeux â et l'ennui, en production, est un luxe.
Alors, si tes mises en production font encore monter le rythme cardiaque, ce n'est pas de la prudence. C'est un signal. Rends-les répétables, rends-les automatiques, rends-les ennuyeuses. Garde le frisson pour ta vie ; ton systÚme de production, lui, mérite l'ennui.
â Serguey Shinder












